Maison d'accueil pour les étudiants étrangers
Note : Beaucoup de termes japonais seront utilisés. Je rappelle que le pluriel n'existant pas en japonais, les mots issus de cette langue sont invariables et ne
peuvent donc pas prendre de S.
Programme : Concevoir une résidence d'accueil pour les étudiants étrangers à Tôkyô, dans le quartier Ouest de Uehara. La maison devra pouvoir accueillir quinze personnes dans plusieurs
configurations, dont des chambres simples et doubles, ainsi qu'une pièce de 20m² pour le gardien. La résidence devra être unisexe. Les matériaux à utiliser sont de préférence le béton et le
métal. Il faudra également penser à l'évacuation des personnes en cas d'incendie, et ce par un escalier judicieusement situé.
Contraintes : Le terrain représente une surface de 21,8m sur 15,6m, soit une surface de 340m². La surface totale du bâtiment ne devra pas excéder 150% de cette surface ; aussi, la surface
de chaque étage ne devra pas non plus dépasser 60% de cette surface. Un possible sous-sol ne sera pas pris en compte dans les calculs.
La hauteur maximale de construction est de 10,3m, biseautée sur le nord pour les besoins en lumière naturelle des alentours.
Il faut prévoir un espace de sortie de secours de 2m de large au minimum, du côté de chaque sortie, ou en cas de présence de balcon.
Eléments à rendre : Sur des planches A1, rendre le concept, un plan masse au 1:200, les plans d'étage au 1:50, deux élévations au 1:100, deux coupes au 1:100, une maquette au 1:50 ainsi
que d'autres éléments supplémentaires tels que rendus ou croquis.
Modélisation du quartier Uehara. La résidence se situe dans la partie haute de la moitié du bas. Le bâtiment en forme de croix est Tokai
University.
Comment accueillir des étudiants étrangers à Tôkyô ? Veulent-ils adapter leur propre style de vie ou préfèreraient-ils découvrir le style nippon ?
Je pense qu'une bonne partie aimeraient trouver certains caractères japonais. Sans tomber dans l'exotisme ou autres stéréotypes, j'ai alors pensé à une maison d'accueil dans laquelle serait
mélangés styles de l'occident et de l'archipel.
Mon but n'est pas de reproduire une habitation typique japonaise : trop coûteux, compliqué et surtout inadéquat.
Premièrement, c'est pourquoi j'ai utilisé des matériaux contemporains tels le béton banché, et le métal pour les chainages ainsi qu'une partie de la structure. Aussi, j'ai conçu les salles
communes ( salon, cuisine, douches ) sur le modèle occidental.
Vues respectives du nord-est et du sud-est
Contrairement à cela, j'ai trouvé intéressant de concevoir des chambres avec des caractéristiques de l'aménagement intérieur japonais.
La surface des pièces n'est pas calculée en mètres carrés mais en tatami, ce qui organise alors la conception des pièces. En effet, un tatami représente approximativement cent quatre-vingt
centimètres sur quatre-vingt dix, soit deux carrés mis côte-à-côte ; mais cela représente surtout la superficie nécessaire pour un homme allongé.
J'ai fait ce choix pour tout d'abord adapter des standards de pièces, à savoir un, deux, trois, quatre et demi, six, huit, dix ou douze tatami, mais aussi pour étudier un système de mesures
empiriques calqué sur le corps humain. Composé d'unités telles que « ken » ( une longueur de tatami ), « shaku » ( un sixième de ken, correspond aussi à la longueur d'un
avant-bras ), « sun » ( un dixième de shaku ) ou encore « tsubo » ( la surface de deux tatami, soit environ 3,3m² ), ce système n'est aujourd'hui presque plus utilisé, et ce
depuis 1945, au détriment du système métrique.
Les tatami représentent donc le dernier système encore très utilisé, bien que modernisé et principalement usité pour des raisons économiques, la standardisation des mesures permettant de ne pas
utiliser de trop nombreuses banches différentes par exemple, les constructions en béton banché étant très nombreuses aujourd'hui.
Aussi, j'ai disposé un « geikan », vestibule dans lequel le locataire peut retirer ses chaussures, tradition encore largement utilisée aujourd'hui afin de ne pas introduire la pollution
et autres poussières de l'extérieur à l'intérieur. Comme autre particularité, j'ai créé un espace en alcove, ici appelé « tokonoma », dans lequel est traditionnellement disposé une
sculpture, une estampe ou une composition florale ( « ikebana » ) suivant la saison. Ici, comme dans de nombreuses constructions contemporaines, j'ai adapté ce renfoncement aux besoins
d'aujourd'hui en meuble pouvant simplement accueillir télévision ou livres.
Les fenêtres sont coulissantes, en bois et verre translucide, afin de rappeler le « shôji », papier de riz posé sur les coulisses habituelles, créant ainsi des effets de translucidité
et d'espaces très intéressants. Dernièrement, hormis pour le dortoir, je n'ai pas installé de sommier, en faveur des « futon », matelas en fibres flexible, rangé le matin dans un
« oshiirei », afin de libérer l'espace pour la vie diurne.
Je propose plusieurs configurations de chambres, de la petite de trois ou quatre tatami jusqu'à la double de douze tatami, accueillant également le gardien de l'immeuble, en passant par la
chambre standard de quatre tatami et demi, module standard ici pour une chambre d'étudiant. Les locataires de très courte durée pourront aussi profiter d'un dortoir pouvant accueillir quatre
personnes.
Configuration 1 : petites chambres de trois ou quatre tatami pour une personne
Configuration 2 : chambre standard de 4.5 tatami, avec un ajout de 1.5 tatami pour le
vestibule et l'accès au oshiirei., pour une personne.
Configuration 3 : Chambre double de douze tatami, avec toilettes privées et petite cuisine. Héberge également le
gardien.
Configuration 4 : Dortoir pour les hébergements de très courte durée. Peut accueillir jusqu'à quatre personnes.
Installer des sommiers fut une erreur, j'aurais du simplement aménager un oshiirei avec des futons.
Concernant l'aménagement du bâtiment, l'objectif premier était de ne pas strictement délimiter l'intérieur de l'extérieur ; et ce par des zones tampons ( ici appelées « ma », mais dont
je n'ai pas repris les principes ), composées de persiennes en bois. Tout comme les moucharabieh, le principe est de permettre une vue sur l'extérieur tout en étant occulté par la différence des
luminosités respectives. Vous ne pouvez ni vous sentir à l'intérieur, ni à l'extérieur.
Mon opinion finale sur mon propre travail : Le terrain du mélange de plusieurs cultures est souvent bien glissant, et il faut prendre garde à chaque instant de ne pas tomber, en l'occurence dans
le stéréotype et le ridicule.
Je reconnais avoir fait de choix par envie, voire par caprice de m'initier à quelques valeurs de la construction et l'aménagement japonais. Je suis si intrigué par tous ces éléments que je n'ai
pu m'empêcher de me les approprier.
Néanmoins, tout au long du projet j'ai gardé cela en tête et me suis efforcé de ne pas faire un vulgaire plagiat, qui par définition eut été raté et donc kitsch, mais d'apporter ma patte
française. Aucune prétention là-dedans, simplement un esprit formé par une autre culture et une autre éducation, que j'ai essayé de surprendre en me lançant un défi.
Au final, je suis satisfait du travail rendu, tant par la qualité des rendus qui tendent vers ce que je désirais, ma présentation en anglais qui s'est bien déroulée, pour avoir pu mener le projet
dans les temps sans précipitation, et surtout pour m'être initié à des choses qu'aujourd'hui je comprends mieux. J'espère avoir perdu de ma naïveté tout en gardant mon émerveillement.
Plan du rez-de-chaussée ( sans échelle, nord vers le bas )
Plan du premier étage
Plan du second étage
Façades et Coupes
Note : Je me demande toujours pourquoi j'ai mis autant de toilettes.
Derniers Commentaires