Départ en bus de Sangubashi à 8h00
A l'occasion de la venue de nos chers amis étudiants Thaïlandais, une visite à Kamakura en bus est organisée. Il s'agit d'une ville très touristique dans le sud de Tôkyô abritant de nombreux
temples, sanctuaires shintoïstes ou encore des
Daibutsu.
Après m'être caillé les miches en vélo de Ishikawa-dai jusqu'au point de rendez-vous, en empruntant un itinéraire pour le moins approximatif, en citant par exemple une jolie avenue me rappelant
notre si cher périphérique parisien, si accueillant et chaleureux.
Cette venue un peu hasardeuse m'ayant entrainé dans un retard stressant, j'arrive donc au point de rendez-vous un peu tendu, avec l'oesophage aride et le dos humide, pour constater que mes
camarades de Bangkok sont à la bourre, à moitié endormis sur les sofas de la salle principale du bâtiment où ils crêchent ( qui, par ailleurs, ressemble à un magnifique bâtiment que un géant de fer
aurait mâché, ingurgité puis vomi ).
La montée dans le bus s'effectue donc vers 8h30, où un joyeux chauffeur dégarni munis de gants blancs immaculés nous accueille.
Rainbow Brigde et quartier d'Odaiba
Nous quittons la capitale en passant par le fameux Rainbow Bridge, accueillant une voie Express, ainsi que deux voies latérales pour les piétons ( les vélos sont interdits ), duquel nous pouvons
admirer le quartier futuriste d'Odaiba, avec notamment le siège de Fuji TV, construit par Kenzo Tange, sorte de quadrillage recouvert d'aluminium avec une grosse sphère en son étage culminant.
J'y reviendrai, mais Odaiba peut représenter la folie et les ambitions tokyoïtes des années 80, avant le krash de 1987. En effet, cette île est entièrement artificielle ( terre-plein ), accueille
des bâtiments plus fous les uns que les autres, un rail passant au travers du Downtown. Les fonds manquèrent après la crise économique asiatique, mais la mise fut néanmoins sauvée par le tourisme
assez important.
La banlieue proche de Tôkyô, son grenier
Passé la frontière adminstrative de Tôkyô, la densité des immeubles chute et après quelques kilomètres, nous entrons dans son grenier, au sens figuré, à savoir industries, ports, mais également au
sens propre, puisque le paysage était souvent jonché d'énormes silos, contenant probablement des céréales.
Une transition au final particulièrement ingrate entre deux lieux touristiques, partant de l'effervescence pour arriver à
la tranquilité des
brochures Kamakura.
L'ambiance dans le bus
Un petit aparté pour parler de mes adorés collègues Thaïlandais et de leur attitude dans le bus ( vous comprenez la couverture désormais ? ). Entre le fait que leur langue, composée de sons
particuliers approchant l'élégance du néerlandais et son omniprésence de J, de K, et autres R chatoyants, leurs intonations frisant parfois celle de l'enfant devant le stand de bonbecs aux caisses
de supermaché, ou encore la voix de Cressel de l'une d'entre eux, j'ai finalement passé un moment caché derrière mon appareil photo ( bien que le 18-55mm ne constitue pas vraiment un bon choix pour
cela ).
Arrivée dans la région de Kamakura, maintenant à plusieurs dizaines de kilomètres de Tôkyô

L'une des premières images qui m'est apparue est le générique d'ouverture du film
Pompoko, de Hayao Miyazaki. Outre le
fait de vous intriguer en vous disant que vous pouvez admirer des
tanukis sautant en parachute avec leurs énormes testicules préalablement
transformés en toile portante, je ne m'attarderai pas sur ce film.
J'ai été interpellé à quel point le tractopelle de dix kilomètres de haut, venant creuser une montagne d'une seule pelleté, avant qu'elle ne se remplisse d'immondes bâtisses de béton, étant criant
de vérité avec les aménagements visant à contrôller le terrain.
Renforts en armatures de béton sur les flancs en roche, parfois du béton coulé ( ou plutôt dégouliné ) sur ces derniers pour éviter tout déboulis. Les quelques temples repérables à leurs toits
singuliers semblaient vraiment perdus dans cette jungle de ciment et de grisaille parsemée de peinture pastel polluée.
Refrain : " Nous avons maintenant trente minutes pour visiter le prochain temple "
Après une petite heure de route, nous sommes enfin arrivés à bon port, et nous entrons directement dans la matière du touriste avec une première pause de trente minutes pour visiter en hâte le
premier temple. Youpi.
Si vous êtes en manque d'occidentaux, c'est le bon endroit. La proportion de blancs reste minoritaire, mais est très importante dans cette ville. Bref, tout est fait pour plaire au touriste et
l'appareil photo en bandouillère est omniprésent ( j'assume ).
J'entre alors dans un de ces seuls poumons de la ville, puisque les temples bouddhistes, tout comme les sanctuaires shintoïstes, sont entourés d'une végétation souvent luxuriante et impressionnante
( séquoia ), ou venant faire la transition avec l'artificiel ( mousses ).
Il n'y a pas l'aspect " zen " que certains aimeraient y trouver, tout d'abord parce qu'il s'agit d'un stéréotype occidentalisé du Japon ( comme si vous résumiez la France à la mode vestimentaire ),
et également parce que les moments pieux et silencieux auxquels vous pouvez assister seront souvent agrémentés d'un rire gras d'une américain en short orange fluo.
Après m'être fait chassé par des écoliers apprenant l'anglais m'ayant collé à une interview passionnante consistant à apprendre quelle était ma couleur préférée, je contemplai l'architecture des
temples impressionnante par le nombre d'éléments que chaque édifice comporte, notamment les poutres apparentes en-dessous des grands débords de toit. L'aspect rénové et repeint, bien que donnant un
résultat propre, est assez déroutant pour qui s'attent à du vieux et de l'authentique.
Il s'agit au final d'une première ballade fort symphatique et assez reposante.
Nous reprenons le bus, dans lequel les Thaïlandais font vraisemblablement des blagues sur nous, français, puisque en me retournant j'avais un doigt pointé sur moi si fermement qu'en tournant la
tête j'ai failli me le prendre dans l'oeil ( véridique ).
Après avoir fait une courte pause dans un restaurant de ramen, où les gyoza ( sorte de raviolis ) accompagnant mon bouillon représentaient la seule chose étant entrée à l'état solide dans mon
estomac durant la matinée, nous repartons pour d'autres visites, avec notamment celle de la rue commercante de la ville, où petits propriétaires de kiosque, de boui-boui et autres marchands
improvisés semblaient faire fortune.
Je me suis hasardé à demander au guide, qui parlait un bon anglais et me semblait très cultivé, quel était alors l'application du fameux concept du
Wabi-sabi, mais je crois qu'il s'agit définitivement quelque chose de difficile à aborder pour un japonais dans une langue autre que la sienne.
Après quelques temples, les nuances apparaissent et les rapprochements aussi, je peux retrouver les fameuses plaques de bois sur lesquelles chacun peut écrire un ou plusieurs voeux. Il est amusant
de chercher les différentes langues pour recenser quels étrangers viennent d'aventurer ici ; j'ai recensé du français, du coréen, du chinois, du russe, de l'allemand, de l'anglais ou encore de
l'arabe, bien que je ne me souviens pas en avoir encore un seul pour le moment.
Ensuite, retour au bus en passant par un chemin sombre, duquel ressortent quelques toiles d'araignées accueillant nos charmantes amies à huit pattes, d'une envergure de quinze centimètres et aux
abdomens rouge et orange. La chasse aux arachnides sera alors un passe-temps surprenant mais particulièrement jouissif. Qui aura la plus grosse ?
Cette première partie de journée fut alors une matinée bien complète et néanmoins reposante pour l'esprit, après un quotidien tokyoïte sans doute bien trop vite ancré dans mon esprit.
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