Il est assez courant de croiser ce genre d'affiches dans de nombreuses stations de métro tokyoïte. Si les compagnies ont pris la peine de mener une telle campagne, c'est que le phénomène est
très répandu ; j'ai pu le constater. En effet, bien que notre idée du japonais travaillant tout le temps soit éxagéré, proche du stéréotype, elle part pourtant bien d'un type particulier
d'individu, le cadre. Beaucoup de ces cols blancs, très propres sur eux durant les jours ouvrés, profitent de la fin de semaine pour se relâcher, ou plutôt se lâcher.

Après plusieurs journées intenses, l'envie d'aller boire plus qu'un coup devient pressente. C'est ainsi que chaque vendredi
soir, ou surtout chaque samedi soir, vous pouvez croiser à chaque coin de rue des quartiers branchés un groupe d'hommes en costumes noirs ou gris anthracites, toujours avec leurs malettes à la
main, mais cette fois avec également l'un d'entre eux sur les épaules de ses camarades, complètement fait. Bruyants, parfois amusants, parfois incomodants, rarement aggressifs, souvent
déplorables ; à peu de choses près, l'image d'un beurré que l'on connaît tous très bien et que l'on a dû supporter plus d'une fois.
Le souci, c'est que parfois l'entraide n'est pas de mise, soit parce que les symptômes sont venus après les au revoirs, soit parce que vos collègues ne vous aiment finalement pas. Peu importe
la raison, au final, il est possible de jouir d'un magnifique spectacle que représentent quelques hommes d'affaires gisant dans leur propre vomi, paisiblement endormis dans leurs costumes, dans
des les rares reçoins des gares puant l'urine.
Le regard de l'étranger blasé classique à éviter
Je ne ferais aucune extrapolation douteuse comme certains qui sont tentés de décrier la socièté japonaise comme instable et fondalement sale.
En effet, beaucoup d'étrangers viennent au Japon remplis d'idées reçues, de stéréotypes et de rêves, ce qui fût mon cas et l'est encore. Néanmoins, je m'efforce de conserver mon emmerveillement
et de ne pas descendre subjectivement cette socièté au premier mal affiché.
Malgré ces tristes constats qui mettent au jour le mal-être de certains, la proportion d'alcooliques, ou plus précisément d'individus ne sachant plus se comporter dès leur sang imbibé d'éthanol
me paraît plus faible, sinon similaire, à notre belle République Française.
Les autres comportements
D'autres affiches de la même campagne, moins choquantes mais tout aussi interloquentes, avertissent les individus qui pourraient indisposer leurs voisins. Plusieurs interprétations me sont
venues :
- Si ces affiches sont là, c'est que c'est réellement courant et qu'il est important de changer les moeurs ;
- Si ces affiches sont là, c'est qu'il s'agit d'un comportement marginal, et qu'il est important qu'il ne se propage pas à la grande majorité des usagers qui eux ont un comportement correct
dans les transports.
- Si ces affiches sont là, c'est que vraiment beaucoup d'esprits nippons ont le goût de l'ordre et des règles.
Au final, j'en ai gardé ma deuxième interprétation avec un soupcon de troisième. Pour être plus clair, les comportements gênants dans le métro parisien sont tellement monaie courante que tout
le monde s'y est hélas plus ou moins habitué.
Des rappeurs roumains aux connards à capuches qui écoutent de la musique avec leurs téléphones en passant par les grognasses qui racontent leurs vies au téléphone avec une octave bien trop
haute pour être supportée sans avoir envie de meutre, beaucoup d'entre nous sont devenus assez apathiques face à ces problèmes si courants qu'il semble vraiment difficile de les éradiquer.
Au contraire, ces choses étant minoritaires dans les souterrains nippons, alors peut-être est-il possible de les améliorer avec juste une telle campagne. Une campagne publicitaire qui pourrait
prendre les gens pour des cons penserait-on en France, mais peut-être pas ici, ou moins.
Note : Certains parisiens peuvent se souvenir des auto-collants posés sur les quais de certaines stations de métro il y a un an ou deux pour inciter les gens à ne pas bousculer lors des
rentrées et sorties des wagons, retirés au bout de deux semaines après que les gens aient vraiment pensés qu'on les prenait pour des boeufs.