Quand une idée demande une traduction
22 décembre 2008, rendu final du cours annexe d'urbanisme à Shonan Campus.
Dirigé par le professeur Hanyu, japonais francophone toujours souriant, le projet consistait à faire des modifications majeures dans une rue de Koga, une petite ville dans le nord de Tôkyô. Assez
connue pour son aspect pittoresque, mais peu touristique pour son manque d'activités et, sans être méprisant, de quelconque intérêt particulier.
Notre travail, élargir de six à douze mètres une rue de deux cents mètres de long coincée entre deux avenues majeures. Composée d'habitations individuelles en bois toutes de
plain-pied, certaines classées dans le
DoCoMoMo, avec pour certaines pignon à quelques centimètres
de la route.
Pour nous, français, il nous parût évident qu'il était nécessaire de tout démolir pour reconstruire, malgré la facilité de cette décision et le choix de détruire des bâtiments mineurs protégés. Ce
projet étant un travail de groupe, à savoir trois japonais, Kimi, Shô, Ikuya, mon comparse français, Nicolas, et moi-même, nos camarades nous exposent leurs premières idées.
La première impression fut une belle incompréhension totale. En effet, le projet est de couper les parties des maisons qui dépassent du nouveau trajet de douze mètres de large. Aussi, il est prévu
de laisser en place les parties des maisons au-délà de la hauteur voulue sur les côtés, c'est-à-dire environ cinq mètres.
Bien que franchement étonné de cette idée, je n'ai pas demandé à répéter, étant donné les diagrammes et coupes de principes bien claires en plus du discours. Cela me paraîssait si évident qu'il
était nécessaire de tout démolir. Aussi, lorsque j'ai demandé s'ils avaient songé à ce que penseraient les habitants de voir leur maison coupée ainsi, j'ai eu le droit à une affirmation précédée
d'un regard mutuel pour le moins hésitant. Pour eux, aucun problème, les gens l'accepteront. On traîne dans le grand n'importe quoi.
Bref, couper une maison est difficile techniquement, et surtout innaceptable pour les pauvres riverains qui n'ont rien demandé. On entre alors dans le domaine du bricolage plutôt que de
l'urbanisme.
Néanmoins, en toute honnêteté, on a accepté pour franchement voir le développement et la tournure que pouvait emprunter une telle idée.
L'accent à alors été mis sur le développement de petites activités, commerces ou points de rencontres semi-couverts, par les pans de toiture " non-coupés ", qui borderaient alors la voie routière.
Mignon dans notre présentation, mais définitivement pas crédibles par notre idée, les professeurs n'ont pas manqué de nous le rappeler au cours de notre présentation finale en japonais et anglais,
sans toutefois nous ridiculiser.
J'essaye alors d'écoper le navire en prenant la parole et en essayant toutefois de convaincre le jury que tout démolir eut été trop aisé et que cette idée relevait du challenge. Bref, un tissu de
mensonges pour couvrir une belle connerie.
Au final, architecturalement parlant, l'intérêt de ce projet fût proche du néant, mais au niveau personnel, j'ai pu constater ce que pouvait engendrer des difficultés à se comprendre, qu'il
s'agisse de la langue, mais aussi de la confrontation d'idées qui ont germés dans des esprits formés dans des pays et cultures différentes.