Société

Mardi 13 janvier 2009
Please do it at home
La compagnie de métro de Tôkyô vous prie de bien vouloir aller vomir chez vous

Que tous les émétophobes se rassurent, cet article ne constitue en rien une incitation aux beuveries privées ou encore à l'ingestion de fruits de mer douteux. Que cache donc ce titre étrange ?

Please do it at home : " Faites-le à la maison ! "


Il est assez courant de croiser ce genre d'affiches dans de nombreuses stations de métro tokyoïte. Si les compagnies ont pris la peine de mener une telle campagne, c'est que le phénomène est très répandu ; j'ai pu le constater. En effet, bien que notre idée du japonais travaillant tout le temps soit éxagéré, proche du stéréotype, elle part pourtant bien d'un type particulier d'individu, le cadre. Beaucoup de ces cols blancs, très propres sur eux durant les jours ouvrés, profitent de la fin de semaine pour se relâcher, ou plutôt se lâcher.






Please be conne at home Après plusieurs journées intenses, l'envie d'aller boire plus qu'un coup devient pressente. C'est ainsi que chaque vendredi soir, ou surtout chaque samedi soir, vous pouvez croiser à chaque coin de rue des quartiers branchés un groupe d'hommes en costumes noirs ou gris anthracites, toujours avec leurs malettes à la main, mais cette fois avec également l'un d'entre eux sur les épaules de ses camarades, complètement fait. Bruyants, parfois amusants, parfois incomodants, rarement aggressifs, souvent déplorables ; à peu de choses près, l'image d'un beurré que l'on connaît tous très bien et que l'on a dû supporter plus d'une fois.

Le souci, c'est que parfois l'entraide n'est pas de mise, soit parce que les symptômes sont venus après les au revoirs, soit parce que vos collègues ne vous aiment finalement pas. Peu importe la raison, au final, il est possible de jouir d'un magnifique spectacle que représentent quelques hommes d'affaires gisant dans leur propre vomi, paisiblement endormis dans leurs costumes, dans des les rares reçoins des gares puant l'urine.



Le regard de l'étranger blasé classique à éviter

Je ne ferais aucune extrapolation douteuse comme certains qui sont tentés de décrier la socièté japonaise comme instable et fondalement sale.

En effet, beaucoup d'étrangers viennent au Japon remplis d'idées reçues, de stéréotypes et de rêves, ce qui fût mon cas et l'est encore. Néanmoins, je m'efforce de conserver mon emmerveillement et de ne pas descendre subjectivement cette socièté au premier mal affiché.

Malgré ces tristes constats qui mettent au jour le mal-être de certains, la proportion d'alcooliques, ou plus précisément d'individus ne sachant plus se comporter dès leur sang imbibé d'éthanol me paraît plus faible, sinon similaire, à notre belle République Française.

Please do it at the beach
Les autres comportements

D'autres affiches de la même campagne, moins choquantes mais tout aussi interloquentes, avertissent les individus qui pourraient indisposer leurs voisins. Plusieurs interprétations me sont venues :

- Si ces affiches sont là, c'est que c'est réellement courant et qu'il est important de changer les moeurs ;
- Si ces affiches sont là, c'est qu'il s'agit d'un comportement marginal, et qu'il est important qu'il ne se propage pas à la grande majorité des usagers qui eux ont un comportement correct dans les transports.
- Si ces affiches sont là, c'est que vraiment beaucoup d'esprits nippons ont le goût de l'ordre et des règles.







Au final, j'en ai gardé ma deuxième interprétation avec un soupcon de troisième. Pour être plus clair, les comportements gênants dans le métro parisien sont tellement monaie courante que tout le monde s'y est hélas plus ou moins habitué.

Des rappeurs roumains aux connards à capuches qui écoutent de la musique avec leurs téléphones en passant par les grognasses qui racontent leurs vies au téléphone avec une octave bien trop haute pour être supportée sans avoir envie de meutre, beaucoup d'entre nous sont devenus assez apathiques face à ces problèmes si courants qu'il semble vraiment difficile de les éradiquer.

Au contraire, ces choses étant minoritaires dans les souterrains nippons, alors peut-être est-il possible de les améliorer avec juste une telle campagne. Une campagne publicitaire qui pourrait prendre les gens pour des cons penserait-on en France, mais peut-être pas ici, ou moins.

Note : Certains parisiens peuvent se souvenir des auto-collants posés sur les quais de certaines stations de métro il y a un an ou deux pour inciter les gens à ne pas bousculer lors des rentrées et sorties des wagons, retirés au bout de deux semaines après que les gens aient vraiment pensés qu'on les prenait pour des boeufs.

Par Léo Martial
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Vendredi 9 janvier 2009
... et qui fait chier le monde

Maintenant que j'ai réussi à attirer votre attention avec un titre pour le moins intriguant, voici pour vous une petite anecdote qui reflète un aspect assez amusant du quotidien japonais, à savoir l'omniprésence d'hygiaphones et de micros.

Depuis mon arrivée, j'ai pu entendre de ma petite chambre une bonne dizaine de fois un camion passer avec le chauffeur énoncant une liste en japonais dont je ne comprenais pas la signification, avec le même ton et la même langoureusité que peut avoir un Muezzin lors des appels à la prière du haut de son minaret.

Ici, point de moment solennel mais une simple vente ... de nourriture, et principalement de brochettes. Assez éxaspéré d'entendre ça toutes les semaines, par un hygiaphone assourdissant, monté sur un camion qui roule à 4 km/h, je me suis muni de mon couteau pour lui crever trois de ses pneus.

Cette dernière phrase étant totalement fausse, je me suis alors simplement contenté de prendre une petite vidéo pour donner une idée ( et pardon à ceux que j'aurai pu troubler avec mes comparaisons étranges ).



Petit épilogue de la conspiration du gouvernement japonais actionnaire dans les sociètes de fabrication des hygiaphones

En effet, l'utilisation est micros est vraiment omniprésente, des vendeurs de brochettes aux magasins d'électroniques dans la capitale. Pour ces derniers, il y a plusieurs styles différents ; du vendeur sous LSD par intravéneuse qui met la honte aux meilleurs rappeurs américains en régurgitant les prix des aspirateurs et autres chiottes à toute vitesse, jusqu'au quartier branché où l'on a le droit à un joli Ghetto Blaster posé sur le trottoir, diffusant de la J-Pop, ou autre musique aux ondes sonores disgracieuses.

Autres exemples, les éboueurs, ou surtout les flics, qui en plus de leurs sirènes intimidantes ( expérimenté ) vous prennent de vous rabattre immédiatement sur le côté de la chaussée.

Quand le bruit devient un autre terrain anarchique où le plus fort gagnera !

Par Léo Martial
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Dimanche 21 décembre 2008
Maintenant que j'ai réussi à attirer l'attention de certains, voici l'explication en clair.

Je tiens tout de même à prévenir tout le monde que vous ne verrez aucune fille à poil dans cet article.

Entrer en Hiver à 18°C

Dimanche 21 Décembre 2008, nous entrons en Hiver ; mon premier changement de saison là-bas, qui se fait allégrement sous quelques dix-huit degrés celsius, et pour ne rien gâcher un beau ciel bleu ensoleillé. La décision est prise d'aller faire un grand tour en scooter tout autour de la capitale.

En une ligne, de Kamata au sud jusqu'à proximité de Ueno au nord en passant par les grandes avenues, bordées de bâtiments comme le Tokyo International Forum.

Le détail qui m'emmerde quand même, c'est que je me trimballe un bon gros mal de dos depuis le début. Me vient alors à l'esprit de tester mon premier sento, un bain public. Je viens d'apprendre quelques jours auparavant qu'il y en a un à quelques pâtés de maisons de chez moi.

Après deux mois et demi de douches ...

Reconnaissable par son entrée caractérisitique, je gare alors mon tas de boue à quelques mètres. J'entre, je suis content d'avoir appris mes kanji pour " homme " et " femme ", j'enlève mes grosses chaussures pour les mettre dans un des casiers.

Après m'être délesté de 450 yens ( environ 3.5 euros ) auprès de la gérante, je commence à me préparer.

Tekkon Kinkreet : Les casiers Une petite image de Tekkon Kinkreet ( Amer Béton ), film d'animation japonais ( au passage remarquable ) dans lequel se déroule une petite scène dans un sento. Les captures d'écran sont très semblables à ce que j'ai pu voir, et vous comprendrez que je n'allais pas prendre des photos de petits vieux japonais à poil. Donc ici, quatre éléments semblables, le petit banc en bois, les casiers bleus identiques, le parquet, et le vieux. A mon arrivée, je n'étais entouré que d'hommes agés de 70 à 80 ans.

Maintenant tout nu, j'entre dans les bains, où chacun prend un seau jaune et un tabouret bleu, que l'on dispose devant un robinet individuel, pour faire sa toilette. Tout est carrellé bien entendu, et chacun dispose d'un petit miroir dans lequel on prend le temps de se raser, de se faire beau. L'ensemble est propre, et la toilette poussée de chacun encourage la confiance.

Bien que je ne sois pas vraiment pudique ( ce n'est pas vraiment un scoop pour les gens de l'école ), j'ai eu un sentiment étrange, plutôt agréable en m'asseyant tout nu aux côtés de petits vieux japonais, assez attendrissants par leurs mimiques et leur rythme paisible.

Tekkon Kinkreet : Les robinets
On frotte, on insiste, on refait, on repasse ; l'objectif est d'être le plus propre possible avant d'entrer dans les bains à remous au fond de la pièce. Après m'être rincé en me balançant des seaux d'eau, je me plonge dans un des bains que je lorgnais depuis le début.

Ouh là, c'est chaud.

Je regarde le thermomètre : 42°C. Les remous et la chaleur me donnent une drôle de sensation, ni vraiment agréable ni le contraire. Je sors et décide de me relaver un coup à l'eau froide ; je rentre une nouvelle fois et me rince une dernière fois à l'eau froide.

Tekkon Kinkreet : L'ensemble
Le grand final

Bien propre, et surtout particulièrement revigoré, je me rhabille et me laisse tenter parce l'attraction que j'avais repéré, un siège massant ! Le marché de ces fauteuils à plusieurs milliers d'euros m'a l'air particulièrement florisssant au Japon, on peut en voir dans presque tous les grands magasins. 100 yens pour quinze minutes, cela me paraît plus qu'honnête, même pour me faire palper par des petits moteurs.

Pour ceux qui n'ont jamais essayé, c'est vraiment quelque chose à essayer au moins une fois ; de la plante des pieds à la nuque en passant par les mollets, tout votre derrière est massé, et ma foi la programmation des moteurs est vraiment audacieuse.

En conclusion, le sento est une chose à faire pour chaque touriste au moins une fois dans son voyage. Pour les résidents à moyen terme comme moi, cela me semble être une bonne solution de détente ponctuelle, pas vraiment chère puisque on peut y rester autant qu'on veut.

Concernant les japonais, je ne peux pas vraiment dire grand chose, si ce n'est que j'ai constaté que la moyenne d'âge était très élevée ( je tiens à rappeler que je suis dans un quartier résidentiel tranquille ), et que bon nombre d'étudiants de mon université tendent à y aller en cas de nuit blanche, de travail intense.

Une dernière note pour les gens tatoués ; étant donné que les yakusas ( la pègre japonaise ) sont tous tatoués et mettaient en général un peu le foutoir, faisaient peur aux autres, les gens tatoués peuvent être refusés à l'entrée. En général, il y a des avertissements avec une icône explicite, ce qui n'était d'ailleurs pas le cas de ce sento. Bien que les tatouages des mafieux nippons recouvrent une grande partie du corps ( et soient au demeurant magnifiques ), même un petit tatouage occidental tout con peut vous embêter, d'après les quelques témoignages reçus.
Par Léo Martial
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Jeudi 11 décembre 2008
Le scooter de Monsieur Spoke ? Terminator 5 ! Photos : Made in Tokyo

Deux photos de ce que vous pouvez croiser de plus extrême à Tôkyô en matière deux roues. Tous les styles ( futuriste, custom, sportif ... ) sont représentés et poussés jusqu'au vice. Tuning de mauvais goût avec des néons dans les jantes ou sous le carenage pour créer un bôôô halo bleu ou vert ( j'en ai même vu un bleu qui se mettait au rouge quand le conducteur accélerait ... ). D'autres avec des selles en cuir très brillant, capitonné ; ou encore le détail qui tue, le porte-gobelet Starbucks !

En général, ça fait du bruit, et du bruit fort et bizarre. Soit le " ploup ploup " caractéristique des pots volontairement lâches, ou soit des étranges " pam pam " de pots avec des membranes.

En-dessous, ce que l'on peut croiser une vingtaine de fois par jour, c'est-à-dire des scooters de grosse cylindrée à deux places, avec des lignes dignes des séries Z américaines des années 80. De vrais petits palaces roulants pour beaucoup.









Par Léo Martial
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Jeudi 11 décembre 2008
Voilà maintenant deux mois et demi que je parcoure les rues de Tôkyô avant différents moyens de locomotions, de la marche à pied jusqu'au cyclomoteur, en passant par le vélo.

Au cours de ces dix semaines, j'ai pu clairement identifier quelques profils de dangers publics auxquels il faut toujours prendre garde.

Petit résumé :

Les mamans en vélo

Attention, c'est du lourd, parmi les plus dangereuses ! Il y a une grosse proportion de cyclistes à Tôkyô, bien que la ville soit bien moins dense que Paris et donc plus longue à parcourir. Parmi eux, quelques preneurs de risques tels ceux qui n'aiment pas la pluie et font du vélo avec un parapluie à la main, ceux qui écrivent un e-mail sur leur portable ( j'en ai carrément vu un faire un combo des deux ! )

Mais les pires restent les mamans qui prennent carrément des risques inconsidérés ! Elles roulent souvent avec une bicyclette à assistance électrique, ce qui les aident à transporter l'enfant voire les deux enfants. Mais malgré la présence de leurs chers chérubins, elles foncent à tout allure, prennent des trajectoires pour le moins bizarres, et vous surprennent à chaque coin de rue.

J'ai d'ailleurs vu près de Yoyogi-Uehara un pannonceau qui leur est destiné, avec un dessin de maman folle !


Les piétons


Oui ... les piétons sont très cons en général à Tôkyô. Tout d'abord, beaucoup sont au téléphone, passe encore, mais d'autres écrivent des mails ou regardent la télé, leur attention est donc proche du néant. Le pire, c'est que pour traverser, ils ne se fient aux signalisations, c'est-à-dire que si le carrefour bouchonne un peu et que vous traversez le passage piéton au vert, vous manquez toujours d'en écraser un puisqu'ils ne regardent même pas sur les côtés !


Les hommes de 25 à 30 ans dans des voitures américaines

Peu courant, mais particulièrement dangereux. Bien que repérables au doux son de leur pots d'échappement généralement troués, ils vont vite, ils font n'importe quoi, bref c'est la catastrophe.


Les femmes de 50 ans au volant de voitures allemandes


Ma bête noire. Installées confortablement et hautainement dans leurs jolies voitures à la mords-moi le noeud, elles sont les reines de la route. Tout du moins, c'est ce qu'elles doivent penser. Aucun clignotant, elles roulent parfois au milieu de deux voies, elles déboitent sur les deux roues n'importe où et n'importe quand, elles roulent vite. Malgré quelques signes de la main forts symphatiques pour manifester son mécontentement après avoir évité un déboitement sauvage, elles restent de glace, avec leur faciès inexpressif et froid. Botox ?


Les hommes de 50 ans au volant de voitures allemandes

A peu près la même chose que pour les femmes. Néanmoins, plus de considération au niveau des signalisations, meilleur contrôle de l'engin. En revanche, vitesse généralement très élevée, et donc tout aussi dangereux.


Les camionneurs

Au coeur de Tôkyô, les camionneurs de gros engins ne prennent pas garde, pas du tout. Qu'il s'agisse de la conduite, très rapide, ou surtout du stationnement. Une bonne dizaine de fois, j'ai manqué de me prendre un camionneur, intelligement caché derrière son camion en stationnement, et qui déboule sans crier garde à côté de son camion pour y rentrer.

Par Léo Martial
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